La semaine commençait normalement pour nous : réunion d’équipe à 8h à l’ONG. Bon, Diane avait dû aller à l’école d’Ankalika avant (levé à 6h) pour faire l’ouverture, donc ce n’est pas trop
réveillé que nous nous sommes retrouvés au cinéma Tropic.
Là, Xavier eu la confirmation au cours de la réunion qu’il devait donner un coup de main pour le cinéma mobile cette semaine. Grosse semaine pour l’équipe du cinéma mobile puisqu’ils enchaînent 5
jours de travail de suite (au lieu de 3) et qui plus est en pleine brousse, au nord de Mangily …
Le départ est fixé à midi. J’ai juste le temps de régler les affaires pour organiser la classe verte de cette semaine, passer à la maison pour faire mon sac, à la préfecture pour récupérer mon
dossier pour la prolongation de mon visa et il faut déjà partir (le ventre vide car pas eu le temps de déjeuner, quelques bananes feront l’affaire !!).
Donc me voilà parti au volant d’un des deux 4X4 de l’ONG, avec Jean-Paul et Jistor, les 2 animateurs du cinéma mobile pour le village de Bevala. Après 1h de route, nous passons à Mangily et à
partir de là je découvre la route nationale 9 qui part vers le nord (jusqu’à Morombe puis Morondava pour ceux qui ont une carte sous la main !!). Je n’ai jusqu’à maintenant jamais eu
l’occasion d’aller plus loin que Mangily donc c’est parti pour la découverte. La route, ou plutôt la piste est en aussi bon (ou mauvais) état qu’entre Tuléar et Mangily sur les 1ers kilomètres.
Le ciel est très sombre, un orage éclate au loin, les éclairs déchirent le ciel … La première flaque d’eau, ou plutôt de boue, apparaît sur la piste, silence dans la voiture… Puis Jean-Claude
m’annonce que ce n’est pas très bon signe et qu’il s’étonne qu’il est déjà plu à cette date …
La piste devient de plus en plus boueuse et je slalome entre les trous d’eau et bien souvent doit les traverser vue qu’ils occupent toute la largeur de la piste. Au fur et à mesure, le paysage
verdit, la végétation change : palmiers, cactées laissent place à des flamboyants, à des rizières, à des goyaviers. Cela ma fait du bien de revoir du vert vif, éclatant d’énergie.
Voilà 2h que l’on roule et nous ne sommes toujours pas arrivés. On se renseigne dans les villages que nous traversons pour savoir qu’elle piste secondaire il faut prendre. A un moment, nous
bifurquons donc sur notre droite, nous laissons donc le canal du Mozambique derrière nous. Là, la piste n’est plus que boue et eau, je m’engouffre sur une piste à charrette où l’eau ruisselle
dans les ornières, où les rizières attenantes à la piste débordent d’eau. Surtout, ne pas me louper !! Même en position 4X4, la voiture dérape, glisse. L’apprentissage doit se faire en
quelques minutes sinon on finit dans une rizière et là… je ne vous fais pas le tableau pour en sortir !!
Jonglant entre les trous, les ornières où il ne faut pas se faire coincer, les zébus qui traversent la piste, nous arrivons à la maison de notre contact pour cette semaine. Nous apprenons alors
que cela fait 3 matinées de suite qu’il pleut et que la pluie vient de cesser il y à une petite heure. Autre nouvelle : il nous reste encore 10 bons kilomètres à faire pour atteindre Bevala
et son école publique. C’est donc reparti.
La situation ne s’arrange pas, c’est plutôt le contraire : la piste devient un véritable ruisseau où l’eau s’écoule, on ne voit presque plus les ornières tellement il y a de l’eau. La
solution ; ne pas freiner, ne pas ralentir au risque de ne pas repartir. Par deux fois la voiture se met de travers en continuant de glisser, et par deux fois j’arrive in extrémiste (et avec
un peu de chance) à la redresser à temps pour éviter les arbres qui bordent la piste. Un silence pesant se fait dans la voiture à chaque fois et se termine par une série d’injures de ma part
(cela soulage !!). Jean-Paul est mon co-pilote, heureusement qu’il est là car parfois la piste se partage en 3 chemins : lequel prendre ? Où allons-nous ?
Il y a en temps normal un ruisseau à traverser, sauf que là, c’est une rivière !! Pas le choix, même pas le temps de s’arrêter pour analyser la situation, je passe la seconde et hop c’est
parti. L’avant du capot disparaît sous l’eau lorsque la voiture pénètre dans la rivière chargée de limon et donc de couleur rouge, les roues patinent, surtout ne pas hésiter et continuer à
avancer. 5 secondes un peu tendues et hop, les roues commencent à adhérer et nous voilà sorti de l’eau. Ouf !!
Au bout d’une heure de route, nous sommes comment dire … égarés !! Jean-Paul monte alors sur le toit du 4X4 et aperçoit un toit en tôle au loin. Nous en prenons alors la direction et 1/4h
après arrivons au village où les enfants nous attendent à l’école pour la projection scolaire.
Nous sommes accueillis par le chef du Fokotany (du village) et le directeur de l’école. Après un discours de bienvenue où ils ont soulignés notre courage de venir dans des villages aussi éloignés
malgré l’insécurité (hein, quoi ??) et la pluie qui a rendu la piste dangereuse (à ça on a vu !!), la séance commence dans une salle de classe avec environ 200 enfants. Le chef du
Fokotany nous sert plusieurs verres de bière et de coca-cola pendant la séance pour faire passer la chaleur étouffante de la pièce.
Au soleil couchant (vers 18h30), le matériel est installé à l’extérieur pour faire une séance pour tous les villageois. Un repas nous est servi pendant la séance à la lumière de nos torches.
Le niveau de vie est si pauvre que même le chef du Fokotany ou le directeur de l’école n’ont pas de lampe à pétrole ni même de bougies chez eux. Dans ce village comme dans la plupart en brousse,
dès qu’il fait nuit les gens vont dormir. C’est donc un réel évènement pour le village ce soir.
La séance se finit à 21h, le temps de ranger le matériel (vidéo-projecteur, enceintes, lecteur DVD, groupe électrogène, …) et que l’on nous explique quelle route prendre (car il y a une piste
plus directe) il est déjà 21h30.
Nous voilà de nouveau sur une piste à charrette mais en pleine nuit !! Par chance, l’eau a eu le temps de s’écouler et la piste est déjà mais inonder qu’à l’aller. Mais ce n’est pas de tout
repos surtout que je n’ai que 15 ou 20 mètres de visibilité et seulement dans le champ des phares. A plusieurs reprises nous sommes obligés de faire marche arrière pour prendre une autre piste.
Après 45 minutes de route et avoir traverser de nouveau la rivière (toujours aussi délicat) et bien nous ne savons plus où nous sommes (avons-nous bien tourné à gauche après le bon bosquet de
cactus ??). Nous nous arrêtons dans un village (3 ou 4 cases) pour demander notre route. Après plusieurs minutes à appeler et rassurer les gens (nous ne sommes pas des bandits mais
travaillons dans une ONG etc…), 2 personnes sortent nous indiquer la route à suivre et confirment que nous avons raté le bon embranchement il y a 2 kilomètres.
Suite à ça, Jean-Paul et Jistor ont été obligé de descendre de la voiture pour tester la piste avec de l’eau jusqu’au genou afin de me guider et de s’assurer que le 4x4 passait. Sympa,
non ??
Nous apercevons une école, qui dit école dit village, on avance. Effectivement, il y a un village et au milieu … la route nationale 9 !! Cris de soulagement dans la voiture, nous sommes
sortis d’affaire. Nous venons de faire 12 kms en 1h en pleine nuit sur des pistes à charrette … quelle aventure !!
Après une heure de route sur ce que je trouve maintenant une très bonne piste, nous arrivons à Mangily où nous allons passer la nuit au centre éducatif et environnemental. Le gardien de nuit est
un peu surpris de nous voir arriver aussi tard surtout vu l’état de la voiture couverte de boue. A minuit, nous nous écroulons sur nos lits. On recommence demain…
Les jours suivants cela a été plus facile car l’eau a au fur et à mesure disparu et les pistes sont redevenues poussiéreuses et en fin de semaine Stéphane est venu me remplacer afin que je puisse
m’occuper de la classe verte qui débutait le jeudi matin.